A hauteur de Bry-sur-Marne et du Perreux, la boucle de la Marne - que certains intégristes de l’écologie voudraient voir revenir à l’état de nature - est occupée par l’homme depuis... le Paléolithique et le Néolithique.

La Marne à Bry

Des silex travaillés, deux pointes de lance, une épingle trouvés à Bry attestent de ce premier peuplement. D’autres vont suivre. Sept menhirs de près de quatre mètres de haut se trouvaient à un endroit (appelé Les sept pierres jusqu’au XVIIIe Siècle) proche de la gare du RER. Un autre menhir (la Pierre perreuxienne, aujourd’hui exposée près de la gare du Perreux) a été découvert aux bords de Marne, côté Perreux, et un autre sur l’île Laroche (île rattachée à la berge vers 1874) qui servait de point de passage avant la construction de la Passerelle de Bry. Des squelettes datant du Ve siècle avant JC, dont un portant un bracelet de bronze, ont été retrouvés en 1982, à Bry, dans la cour de l’école Henri-Cahn.

Au début de l’ère chrétienne, il est probable qu’une agglomération gallo-romaine existait sur le site de Bry. Des fours de potier ont été retrouvés dans la cour basse de la Fondation Favier. Une importante nécropole située à flanc de colline (mise à jour en 1886) confirme le peuplement vers le Ve Siècle. Le "Port de Bry", point de passage des bacs entre les deux rives, est mentionné dès 1434. Les seigneurs de Bry y percevaient un droit sur les marchandises qui traversaient leur territoire. Dès 1831, il existait un pont de Bry. Il sera détruit à plusieurs reprises mais toujours reconstruit.
Le village, lui, évoluera avec le temps jusqu’en 1859, date de la vente d’une grande partie de ce qui avait été le domaine seigneurial. Le lotissement démarre. Il correspond à une époque qui est aussi celle de l’engouement pour les Bords de Marne. Les pavillons d’été et les guinguettes fleurissent. Tout près de ce qui est aujourd’hui le Quai Ferber, un restaurant célèbre Lefevre - traiteur et pêcheur se trouve alors à hauteur de l’île d’Amour. Un autre établissement, Le Diable Pot, occupe cette rive côté Bry et propose des promenades à dos d’âne. Les îles aussi ont à cette époque leurs lieux de perdition (L’île d’Amour, l’Hermitage).

Les îles d’Amour et du Moulin sont les seules îles qui subsistent à Bry. Outre l’île Laroche, il y avait pourtant l’île du Passeur, l’île de Pierre Richard, les îles des Courants, l’île Varenne, la Grande île du Parc. On a fait disparaître ces petites îles pour améliorer la navigation fluviale.

L'île d'AmourLes îles d'Amour et du Moulin (alors dénommées isles Saint-Antoine)
appartenaient à la seigneurie de Bry depuis au moins le XIVe Siècle.
Celle-ci en avait pleine et entière jouissance, c'est-à-dire qu'elle disposait de tous les droits les concernant (de la pêche au bac, en passant par les épaves). De nombreux procès intentés par les seigneurs des lieux attestent de ces droits confirmés en justice. Le plus ancien procès connu remonte à 1375 et porte sur les droits de pêche ; il oppose Ysabeau, veuve du seigneur de Bry, aux trop gourmands bénédictins de St Maur. 
En 1577, pour 75 livres tournois, les îles Saint-Antoine passeront, en partie, entre les mains de Louis de la Grange, maître d'hôtel de la Reine, déjà propriétaire d'un fief à Nogent et notamment des îles à hauteur de Nogent. Ce dernier loue (bail d'août 1587) les îles Saint-Antoine pour 10 écus d'or plus... deux plats de bons poissons à porter à son hôtel de Nogent lorsqu'il s'y rend pour les vendanges. Le bailLîle du Moulin prévoit aussi que le foin récolté sur l'île doit être remis au propriétaire et que celui-ci, sa femme et sa famille peuvent se faire passer sur les îles par le locataire quand bon leur semble. En 1666, un nouveau propriétaire, Elie de Bédé, médecin ordinaire de Louis XIV, la loue également mais demande douze plats de poissons au lieu de deux. Un procès opposera en 1719 les deux "propriétaires" et se terminera en faveur du seigneur de Bry. 

Les îles d'Amour et du Moulin ont servi de support à un moulin à eau. Cesmoulins étaient très nombreux sur la Marne puisqu'on en a compté jusqu'à 25 entre celui de Quincangrogne (Montévrain, près de Lagny) et ceux du Pont de Charenton. Aujourd'hui, il n'en reste plus que cinq. 

Celui de l'île du Moulin a été construit - sur bateau - autour de 1740 et devait servir à une manufacture de porcelaine (qui sera en fait transférée à Sèvres). Un autre moulin sur bateau prendra le relais en 1776. Il semble avoir disparu en 1787 à la suite d'un incendie. Un autre moulin sera construit sur pilotis entre les deux îles sous le Consulat (An X). Une belle histoire existe à propos de ce dernier moulin et d'un de ses meuniers. Elle se serait déroulée en 1814, quand les cosaques, lancés aux trousses de Napoléon Ier, sont parvenus à Paris. Emile de la Bédollière (dans son livre Le Tour de Marne, 1865) raconte que les cosaques ont tué le meunier qui ne voulait pas les faire traverser sur sa barque. Comme le meunier aurait dit à sa femme avoir enterré ses économies à gauche d'un grand peuplier, on suppose qu'il y a un trésor sur l'une des deux îles. Il n'a jamais été trouvé. (En décembre 1999, la tempête a déraciné de nombreux arbres dont un peuplier gigantesque et largement plus que centenaire. Les louis d'or n'étaient pas entre ses racines, Hélas!).
En 1847, un nouveau propriétaire, le sieur Clément (?) ne va plus se contenter du moulin et se lancer dans le commerce de matelotes et de friture, attirant la jeunesse parisienne sur la plus petite île qui du coup devient... l'île d'amour. Vers 1859, le moulin sera démoli à la demande de la Navigation (son barrage était encore visible en 1865 ; la passerelle entre l'île du moulin et l'île d'Amour va subsister pendant longtemps) et le lotissement va commencer.

Sous le second Empire, les îles de Bry (comme l'île des Loups au Perreux, l'île de Beauté à Nogent et l'île Fanac à Joinville), vont abriter des L'île des Loupsrésidences d'été. Des gardiens et leurs familles y habitaient en permanence et, sur l’île du Moulin au moins, on sait que des naissances ont eu lieu. Un document officiel du département, daté de 1901, donne lîle du Moulin comme habitée. Une activité de pêche a subsisté pendant longtemps. La pointe de l’île du Moulin proche de l’île des Loups s’appelait le Gord Saint-Antoine et on y trouvait une pêcherie fonctionnant avec des filets (verveux) en forme d’entonnoir. Par la suite, les tenanciers de guinguette étaient souvent en même temps des détenteurs de droits de pêche.

...............................C’est tout pour le moment.

On attend les contributions des petits camarades des autres associations (Ile des Loups, Le Perreux, et au-delà) pour continuer cette promenade aux bords de Marne qui fera peut-être prendre conscience aux écolos tendance taliban que l’homme - un animal qui en vaut bien un autre - se trouve dans cette région depuis assez longtemps.

Nous n’avons rien contre les îles inhabitées, leurs oiseaux rares (on a d’ailleurs les mêmes et on s’entend bien avec) et leurs petits lichens (pas vraiment rares mais intéressants aussi haut dans le Nord de l’Europe).

Nous n’avons rien contre les îles inhabitées mais ça ne sert à rien d’en créer de nouvelles, artificiellement.

Nous tenons à nos îles habitées depuis longtemps et sur lesquelles votre lichen-alibi a disparu depuis longtemps. Politiciens et écolos (et même écolos devenus politiciens), respectez-nous autant que nous respectons notre propre environnement.

Suite de la promenade:

... A vous l’île des Loups et le quai d’Artois
L'île des Loups