Notre association (ainsi que celles de
Polangis ,de l’île Fanac et une association écologiste IDF) a été invitée à
participer à une réunion en Préfecture le 29 septembre 2006. En
prévision de cette réunion à laquelle avaient été conviés les élus concernés
par la révision du PPRI du Val de Marne, la DDE nous a remis le dossier* (cartes,
règlement et notice) de ce nouveau projet de PPRI.
On peut saluer ce progrès. Alors qu’aucune
concertationavec les riverains n’avait eu lieu lors de la
préparation du PPRI initial, le préfet actuel a fait un effort. Espérons que
cela continuera et que cela vaudra aussi pour le projet de réhabilitation
de la Vanne Secteur de Saint Maur.
Deuxième bonne nouvelle,
ce PPRI tient compte de certaines de nos critiques.
Alors que la première version donnait dans
l’hystérie avec une notion comme celle de « reconquête » des zones rouges,
le nouveau texte tient davantage compte de la réalité, à savoir d’une part
du caractère lent des inondations de la
Seine et de la Marne, d’autre part du
caractère urbain de notre environnement.
Le premier résultat concret de cette
évolution réside dans la disparition (dans toutes les zones) de la clause
de non reconstruction en cas de sinistre. Nous avions combattu cette
disposition du premier PPRI qui ne protégeait personne mais constituait une
véritable spoliation et favorisait à terme l’installation de squats sur nos
rives et dans nos îles.
Pour les quais de Bry et du Perreux, une
autre avancée réside dans leur passage de la zone rouge (devenue
temporairement zone hachurée) à la zone orange. Le même progrès vaut
pour l’île Sainte Catherine mais pas pour les autres îles. Certaines passent
en vert, d’autres restent partiellement en rouge. Tout cela au nom d’une
étude réalisée par la SAFEGE sur les vitesses d’écoulement**. Notre opinion
n’a pas changé : cette étude en chambre - bâtie sur des modèles
informatiques sans aucun déplacement sur le terrain, ni information auprès
de ceux qui vivent avec les crues depuis des dizaines d’années – ne tient
aucun compte des courants transversaux dont nous savons, nous, qu’ils
existent et qu’ils jouent en notre faveur en diminuant la vitesse. Certains
îliens seront pénalisés – l’étiquette rouge n’est guère valorisante en cas
de vente de leur bien – alors qu’ils sont les mieux équipés et les mieux
préparés à une situation de crue. L’administration nous a malheureusement
habitués à ce genre d’absurdité. Pour ces îliens, le pire est pourtant
évité dans la mesure où la clause de non reconstruction ne joue plus
contre eux.
D’autres points de détail nous semblent
également positifs. A l’arsenal purement punitif du premier PPRI succède une
réglementation plus réaliste : on interdit les constructions nouvelles mais
on autorise les extensions d’habitations existantes limitées à 20 m² de
S.H.O.N ainsi que des annexes dans la limite de 15 m² .
Et
maintenant ?
Lors de la réunion en préfecture, un
calendrier a été présenté. Il prévoit le processus suivant : d’octobre à
décembre 2006, consultation des Conseils municipaux et de la Commission
Départementale des Risques Naturels Majeurs / de janvier à mars 2007,
enquête publique / avril 2007, phase de clôture de l’enquête publique / mai
2007, approbation du PPRI.
Quand on voit le temps qu’il a fallu pour
faire la révision (2003 à 2006), on peut sans méchanceté aucune avoir de
gros doutes sur ce calendrier là. D’autant plus que nous rentrons en période
électorale ! Gageons que l’approbation aura plus probablement lieu vers la
fin de l’année 2007.
De toute façon, il nous faut rester
vigilants. Même si ce PPRI nouvelle manière est adopté chez nous,
d’autres riverains se battent encore contre la clause de non reconstruction
après sinistre. Dans les Yvelines, cette forme de spoliation est prévue pour
une zone marron (25m à partir du fleuve et tant pis pour vous si votre
maison empiète seulement légèrement sur cette zone).
Dans l’Essonne, elle subsiste aussi mais
ne prend en compte que le sinistre inondation. Espérons que les associations
qui se battent dans ces départements auront gain de cause. Il existe en
effet un projet d’harmonisation de l’ensemble des PPRI de l’Ile de France et
il ne faudrait pas qu’à cette occasion, on nous réimpose cette
catastrophique clause de non reconstruction après sinistre.
Nous devons aussi rester vigilants dans
d’autres domaines. Nous savons que ces PPRI qu’on nous impose ne nous
protègent en rien. Les vraies mesures de protection ne sont pas prises : des
projets de zones réservoirs comme celle de La Bassée, traînent en longueur.
Dans nos rues, EDF continue de placer ses armoires électriques à des
hauteurs insuffisantes en cas de crue, etc. Et la Vanne Secteur de Saint
Maur, dont nous avions souligné l’état de délabrement, n’est toujours
pas réhabilitée alors qu’elle
faisait gagner plusieurs dizaines de centimètres entre Joinville et Gournay
(de 30 à 40 centimètres en cas de crue moyenne pour Bry).
Des avancées ont eu lieu : Gilles Carrez,
député maire du Perreux sur Marne, s’est engagé au nom de l’Etat à apporter
1/3 du financement des travaux de réfection (d’abord évalué à cinq millions
d’euros, ce coût serait en fait beaucoup plus faible :
700. 000 euros seulement) ; le Conseil
Général qui tergiverse dans ce dossier a malgré tout annoncé qu’il
financerait la réhabilitation à hauteur de 25%. Mais la DIREN freine des
quatre fers, demandant étude sur étude. Celles qui ont été faites démontrent
que le gain important pour nous (et pour de nombreux habitants de la région
parisienne car deux usines de traitement des eaux sont concernées) ne se
traduira pas par des ennuis en aval : la mise en service de l’ouvrage
n’aurait qu’un impact négatif de 1,4 cm à l’aval pour une crue type 1955.
D’autres études sont en cours : étude technique des VNF sur le coût et les
modalités de réfection de la vanne ; étude du Conseil Général sur les
populations concernées. Si la DIREN cesse enfin de faire barrage, il faudra
encore répondre à deux questions : Qui financera la réhabilitation de la
vanne ? Qui sera maître d’ouvrage ? Le Conseil général prêt à voter et payer
des travaux d’embellissement (une promenade en contrebas du quai Ferber) est
beaucoup moins empressé quand il s’agit d’agir pour nous protéger ! En
attendant, si une crue a lieu cette année, des milliers de gens auront les
pieds dans l’eau. A cause de qui ?
* Nous le tenons à la disposition de ceux
qui veulent consulter ces documents avant l’enquête publique
** L’étude a
conclu que « pour une crue de type 1910, les vitesses en lit majeur
restent le plus souvent faibles de l’ordre de 0.20m/s. Les vitesses les plus
fortes sont constatées généralementdans les zones de transition des
berges ou au pourtour des îles, ainsi que sur les îles non habitées ».