La crue de 1910

On nous sert la crue de 1910 à toutes les sauces. C’est parce qu’elle pourrait revenir qu’on nous impose le PPRI. Et c’est soi disant à partir des données de cette crue que ce PPRI a été élaboré.

Il est donc important d’en savoir plus sur cette crue historique, censée revenir tous les 100 ans environ.

Que s’est-il passé en janvier 1910 ?

Cette crue a eu pour origine un excédent de pluies au cours des mois précédents - qui a saturé les sols - et des précipitations exceptionnelles sur l’ensemble du bassin. A son maximum, le 28 janvier, la Seine a atteint 8m 62 et 23 des 41 usines assurant les grands services publics (usines d’air comprimé pour les trams, usines fournissant l’électricité et le gaz) ont été noyées. 20 000 caves ont été inondées, 15 à 20 000 immeubles ont été touchés. Six ponts ont été interdits. Pendant 15 jours, Paris a déversé ses ordures dans la Seine (Tant pis pour ceux qui étaient en aval). Le bilan humain, lui, est ridiculement faible : zéro à un mort selon les sources.

Que se passerait-il si la même crue se reproduisait ?

780 000 habitants des vallées de la Marne, de la Seine et de l’Oise risquent d’être touchés. Les problèmes concernant les services publics (énergie, transport) existeraient de nouveau puisque l’État si prompt à imposer des contraintes aux particuliers ne prend pas les précautions élémentaires de protection dans son domaine (On va faire remonter les compteurs électriques des particuliers pour Crue à Bry-sur-Marne en 1910 cause d’inondation mais l’électricité sera coupée à la source). Quant aux morts possibles, elles seraient peu nombreuses (beaucoup moins qu’un week-end sur les routes) et dues à des imprudences plus qu’à la montée lente (et donc prévisible) des eaux. Le seul vrai danger résiderait dans la rupture d’un barrage (mais le PPRI ne s’y intéresse pas) ou dans l’effondrement de murettes de protection (c’est à dire que ce sont des populations comme celle de St-Maur qui seraient frappées alors que le PPRI lui, les proclame plutôt à l’abri et ne leur impose rien).

Est-ce que la même crue peut se reproduire ?

Une nouvelle crue historique peut se produire. Ce point là n’est pas contestable car il obéit aux lois de la nature qui sont finalement plus fiables que celles des hommes, préfets et fonctionnaires de l’équipement compris.

Ressemblera-t-elle à celle de 1910 ? Les bureaucrates le soutiennent parce que cela les arrange en leur évitant de faire de vraies études. Il est pourtant évident que la situation a complètement changé en presque cent ans. Toute la structure du bassin a été modifiée en bien (les barrages) et en mal (l’imperméabilisation des sols liée à l’urbanisation). On peut donc s’attendre à ce que la prochaine crue historique ne reproduise pas à l’identique celle de 1910. Le PPRI du Val de Marne qui ne repose sur aucune étude valable et ne fait que reprendre des vieilles données (corrigées par ci par là ; faussées ailleurs quand un maire plus malin que les autres a fait disparaître à temps des documents locaux les références aux zones de grand écoulement situées sur son territoire) induit les gens en erreur. Certains se croient à l’abri alors qu’ils ne le sont pas. D’autres sont frappés plus sévèrement par le PPRI qu’il ne seront le jour fatidique de l’inondation historique. 

Quand aura lieu cette inondation historique ? Personne n’en sait rien. (Peut-être a-t-elle déjà eu lieu - 1955 ?- mais sans qu’on fasse le rapprochement). Aujourd’hui, on fait comme si elle devait avoir lieu dès cet hiver et on bâcle un PPRI pour protéger quelques élus et fonctionnaires des procès pour négligence que cette crue pourrait leur valoir. Mais on oublie une fois de plus de réaliser la seule mesure concrète de prévention : la poursuite du programme de barrages. Ce programme insuffisant (les besoins ont été estimés à 2,2 milliards de m3 mais cette estimation est ancienne) n’a été réalisé qu’à 38 %. Les politiques sont très forts quand il s’agit de nous imposer des réglementations tatillonnes et de dévaloriser nos biens mais ils sont incapables, tous partis confondus, de voter une mesure qui coûterait bien moins cher que les dégâts d’une éventuelle nouvelle crue historique. Ils protègent leurs fesses à court terme mais ne protègent absolument pas nos biens à court, moyen ou à long terme. 

Même réalisés à seulement 38 %, ces barrages ont déjà un impact sur le risque d’inondation. Pour les spécialistes, les ouvrages déjà réalisés se traduiraient par une baisse de 60 cm (à Paris Austerlitz) en cas de crue comparable à celle de 1910. 60 centimètres, cela représente un peu partout dans le Val de Marne des milliers d’habitations préservées.

Le ministère de l’Environnement, lui, soutient qu’en cas de crue historique, ces barrages ne sont plus efficaces. Il ne fournit pourtant aucune étude à l’appui de cette thèse un peu trop commode pour justifier son immobilisme. Qu’est-ce qui vaut mieux ? Ne rien faire du tout ou faire quelque chose de partiellement utile ? Même si ces barrages ne sont totalement efficaces qu’en cas de crue moyenne, est-ce que ça ne vaut pas déjà la peine de les construire ? Pour nous protéger, Dominique Voynet est pressée d’en finir avec le nucléaire. On aimerait qu’elle mette le même empressement à nous protéger des crues. Un barrage, c’est quand même moins compliqué à réaliser qu’un changement de politique énergétique !

Champigny - Inondations 1910
Rue Mignon

Maisons-Alfort - Inondations 1910
Rue Pelet-de-la-Lozère


Nogent-sur-Marne - Inondations 1910
Rue Charles V
Choisy-Le-Roi - Inondations 1910
Rue Victor Hugo